01 avril 2008

Nuage

Nuage_2007

Nuage


Un nuage vint un jour toquer à une fenêtre.

- Il fait un peu froid dehors, a-t-il dit. Et j'aime beaucoup votre compagnie. Demoiselle tu sembles tellement heureuse en regardant là-haut ! Qu'il y a-t-il de si beau ?
- Vous, répondit la jeune fille en souriant. Si libre ! Si indépendant ! J'aimerai avoir des ailes pour vous rejoindre, voler haut et vous atteindre. Ma tête reposerait sur vos têtes nuageuses, c'est ça qui me rend rêveuse.

Le nuage qui était nul autre que le roi des sylphes, s'inclina et se montra compréhensif.

- Tu es si triste mon amie. Qu'as-tu à pleurer ainsi ?
-Oh j'aimerai tant vous rejoindre pour cesser de me plaindre !
- Désires-tu devenir comme nous ? Tu laisser envelopper par l'air doux ?

La jeune fille battit des mains et le nuage la regarda, serein.

- Tu quitteras le monde auquel tu es tant attaché, tu ne pourras plus nous quitter. Le veux-tu vraiment ? Le veux-tu seulement ?

Alors l'humaine confirma d'un air grave et fut bientôt transformée en nuage.

- Voici que j'accepte ta requête. Es-tu vraiment prête ?

Alors dans un ballet de danse, ces deux sylphes en transe montèrent vers le pays des dieux, vers le pays des cieux. Durant mille et une journées, la jeune fille resta là-haut en sécurité. Heureuse, amoureuse. Virevoltant au grès du vent, chantant infiniment.
Mais un jour elle regarda un peu trop vers le bas et tout son être en soupira. La tristesse commença à enserrer son cœur car elle vit la douleur que provoquait sa disparition.
Son ami vint la rejoindre.

- Que t'avais-je dit de craindre ? Jamais il ne faut retourner sur terre car aussitôt le cœur se serre.

La jeune sylphe acquiesça mais longtemps elle soupirera. Puis n'y tenant plus, elle revint voir les gens pour savoir ce qu'ils étaient devenus. Alors qu'elle virevoltait gaiement, elle vit une enfant, pleurant.

- Qu'as-tu petite fille pour que tes yeux perdent leur féerie ?

L'enfant n'en cru pas ses yeux : le vent lui parlait sacrebleu ? Elle frotta les yeux étonnée, aurait-elle rêvée ?
Elle répondit à tout hasard par curiosité, pour savoir.

- J'ai froid le vent, tu souffles trop. Tu es la cause de mes maux. J'ai tenté de vendre du papier pour les écrivains empressés mais aussitôt tu as soufflé : je devenais alors ruinée. Je suis trop pauvre pour vivre encore longtemps, va le vent tu dois être content !

La sylphe pleura devant cette misère et appela tous les dieux de la terre pour que la justice soit enfin faite. Mais rien ne vint : c'était trop bête... Cette enfant allait mourir de froid par sa faute parce qu'elle avait été trop sotte, pauvre femme d'avoir voulu dépasser les montagnes.
Elle en avait perdu les réalités de la vie, et elle les revoyait par cette petite fille. Soudain une idée lui vint, elle venait de trouver le moyen de sauver la vie de cette enfant et de se racheter en même temps.

- Ma douce, veux-tu rejoindre notre pays à tous ? Celui des nuages et des cieux ? Celui où tout est merveilleux ?

Alors l'enfant sourit, peut-être ses peines étaient-elles finies ?

- Mais je n'ai pas le pouvoir du roi des sylphes alors cela implique un sacrifice. Je prendrai ta place et tu prendras la mienne. Tu seras l'air, le temps, les pluies diluviennes et moi je retrouverai tes douleurs, tout ce qui te faisait peur.

Au début l'enfant refusa.

- Vous allez mourir pour moi ?

Pour toute réponse, elle sentit le vent tendrement sécher ses larmes, et enfin commença le charme. Alors que l'enfant devenait petit à petit légère comme l'air, la femme sentait une douleur de fer.
C'était le froid mordait qui la prenait et bientôt il la tuerait. Mais elle n'en montra rien et eut un air serein.

- Pars mon enfant, dis au roi que je te donne la vie et que jamais tu ne me l'a pris. Va mon enfant, vis, cours, chante. Et jamais ne tente de revenir sur terre.

La petite fille, heureuse s'envola, et partit rejoindre le roi. Alors la femme s'allongea et la mort s'approcha. Des inconnus passèrent et évitèrent ce corps nu dans la neige.
On ne voyait plus grand-chose de ce corps mais seules deux lèvres rouges se distinguaient telle une rose.
Qui vivrait infiniment, qui gagnerait contre le temps.

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